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Colloque Le Tourisme du Futur

Le secteur du tourisme a subi une chute inédite et conséquente en mars 2020 en raison de la lourde pandémie du Coronavirus. Nous ne pouvions plus ou peu sortir, les lieux de loisirs et établissements d’hôtellerie et restauration ont été contraints de fermer, les événements annulés. Un monde quasi total à l’arrêt. On parle beaucoup depuis du “monde d’après” et le tourisme est totalement concerné par ce questionnement. Afin de tenter de répondre aux inquiétudes et aux enjeux du secteur, Le Voyage à Nantes a proposé durant 2 jours une suite de rencontres entre acteurs et spécialistes du tourisme pour échanger et se donner des pistes pour le futur. 

Ce colloque intitulé “Le Tourisme du Futur” s’est organisé à la Cité des Congrès de Nantes autour de 5 moments, chacun dédié à une thématique importante : les transports, les flux, l’esprit du voyage, l’art et le tourisme d’affaire. Deux jours d’échanges très intéressants et constructifs dont j’avais envie de vous parler ici, car, si le tourisme doit changer dans son offre, il doit aussi changer via ses utilisateurs, c’est-à-dire nous !

Tourisme du Futur Nantes

Le Tourisme du Futur – Le Voyage à Nantes – Programme du colloque

Introduction par Johanna Rolland, Maire de Nantes, et animation des tables rondes par Jean Viard, sociologue au doux et clair esprit et maniant l’humour avec délicatesse. Les tables rondes se sont tenues avec une prise de parole de chaque intervenant, des échanges puis des questions/réponses avec le public présent.

Conférence tourisme cité des congrès de Nantes
  • TABLE RONDE 1 – QUEL TRANSPORT DEMAIN ?

La mobilité est au coeur des questionnements avec les enjeux environnements et la fameuse empreinte carbone. L’avion peut-il devenir plus vertueux, le train peut-il faire évoluer son offre, ou ne faut-il pas tout bonnement revoir la distance de nos déplacements de voyage ?

Intervenants : Marc Hamy (vice-Président d’Airbus en charge des affaires générales, du développement durable et de l’environnement), Rodolphe Christin (sociologue, essayiste) et Agnès Ogier (directrice TGV Atlantique, SNCF)

  • TABLE RONDE 2 – SURTOURISME OU PROBLEME DE FLUX ?

Certains lieux de tourisme ont vu leur fréquentation exploser en raison de fortes campagnes de communication ou de phénomène de tendance sur les réseaux sociaux. La tendance alors est alors en mode rétropédalage en communication et se pose la question de la répartition des flux.

Intervenants : Doug Lansky (leader d’opinion en développement touristique aux États-Unis), Xavier Marcé (adjoint au tourisme et aux industries créatives à la mairie de Barcelone) et Signe Jungersted (co-fondatrice du groupe NAO à Copenhague)

  • TABLE RONDE 3 – COMMENT UN TOURISME VERTUEUX EST-IL POSSIBLE ?

Le tourisme n’est pas sans impact sur les lieux et les modes de vie. Et, malgré sa jeunesse (le tourisme de vacances n’a pas 100 ans), il est devenu un impératif dans notre société. Mais le voyage n’est-il pas tout d’abord une recherche de soi et de l’autre ? L’heure est à la réflexion sur ce que le voyageur veut vivre et sur ce que les destinations veulent leur faire vivre.

Intervenants : Marie-Julie Gagnon (autrice, chroniqueuse et journaliste québécoise), Charles Pépin (philosophe), Saskia Cousin (anthropologue) et Pascale Schuddings (directrice France à VISITFLANDERS). 

  • TABLE RONDE 4 – TOURISME ET POLITIQUES CULTURELLES

En France, l’art et la culture sont très ancrés dans le tourisme. Paris a une offre de musées très importante, et Nantes (sans chauvinisme) a réussi le pari de rendre devenir une destination touristique grâce à son offre culturelle. Mais comment cela peut-il perdurer et qu’en est-il sur le reste du territoire ?

Intervenants : Jean Blaise (directeur du Voyage à Nantes), Jean de Loisy (critique d’art et commissaire d’exposition) et Adel Ziane (directeur des relations extérieures au Louvre)

  • ATELIER – RENCONTRES PROFESSIONNELLES : ÉVOLUTION OU RÉVOLUTION ? (Animateur : Clément Lesort)

Le monde du tourisme d’affaire est aussi à réinventer. L’arrêt soudain des salons et conférences a fait naitre de nouveaux modes d’échanges professionnels

Intervenants : Anthony Fauré (directeur Marketing et Innovation chez Unimev), Elvire de Chalus (directrice générale, Colloquium) et Mélanie Delaplanche (fondatrice de Sustainability Addict)

Le monde du tourisme aujourd’hui

Pour illustrer l’histoire du tourisme et la situation actuelle en quelques chiffres et constats, le colloque s’est ouvert sur une vidéo de Datagueule, datant de 2019, assez claire et impactante, que je vous conseille de visionner. 

 

Bilan et opinion

La crise sanitaire nous a vraiment contraint à repenser notre lien au voyage. Le Voyage à Nantes, à l’approche des 10 ans de son événement estival, avait déjà entrepris sa réflexion et imaginer ce colloque, et ce dernier s’est finalement trouve très à propos pour tous les acteurs du secteur. Nantes; qui a un lien particulier avec le tourisme, est une ville idéale pour penser au futur. Dans un monde qui bouge, qui change, le tourisme doit sans aucun doute aussi revoir son (ses) modèle(s). 
 

Jean Blaise, directeur du Voyage à Nantes, a donc voulu réfléchir au tourisme du futur avec d’autres acteurs du secteur. De profils et de nationalités très divers, 18 experts ont répondu à son invitation pour partager leur point de vue et échanger sur les thématiques citées précédemment. Leurs interventions ont été très riches, offrant la possibilité au public de peut-être trouver des réponses, mais a minima d’enclencher ou solidifier leur réflexion. 

Le tourisme moderne est donc né avec la mise en place des congés payés. Véritable révolution à l’époque, il n’a pas pour autant été question de repos pour l’homme. Tout a été fait pour trouver comment occuper ce temps libre, avec le développement des stations balnéaires ou des stations de ski par exemple. Le voyage, qui était plutôt une philosophie au début du 20è siècle, devient une tâche, un devoir (ex : “j’ai fait le Maroc, j’ai fait la Thaïlande”) et a imprégné nos modes de vie (être en vacances = partir en vacances). 

Le tourisme rentre dans l’ADN du monde moderne, hiérarchisant les territoires. Et cette hiérarchisation se poursuit au 21ème siècle avec l’avénement du monde numérique et les réseaux sociaux qui accentuent le désir d’aller à tel ou tel endroit pour la beauté des photos qu’on peut y faire (cf le compte Instagram @insta_repeat). Les flux se concentrent et le surtourisme étouffe certaines destinations. En Thaïlande, la baie où a été tourné le film La Plage est fermée depuis plusieurs années. L’Islande s’est retrouvée envahie suite à un clip qu’y a tourné Justin Bieber. 

Ce type de phénomène atteint donc de tels points que certaines villes ou régions prennent des dispositions et modifient leur communication pour limiter le nombre de touristes. Par exemple, Marseille qui communique aujourd’hui en montrant les plages bondées dans les calanques pour réfréner ses visiteurs ou Amsterdam qui invitent ses visiteurs à aller dans d’autres villes du pays. Ces phénomènes sont hyperlocaux mais traduisent bien les dérives actuelles. On ne peut pas interdire aux gens de voyager mais les acteurs doivent communiquer différemment et les visiteurs limiter leurs partages en ligne (certains lieux vous invitent à ne pas localiser vos photos par exemple). A Nantes ou ailleurs, je pense que le tourisme du futur doit passer par une certaine sobriété de communication, et chercher l’authenticité, privilégiant ainsi la qualité à la quantité. Le succès d’un lieu ne doit plus se mesurer à sa fréquentation.

 

Le tourisme c’est aussi l’économie du transport. Des offres croissantes et toujours plus alléchantes nous permettent de partir à l’autre bout de notre continent ou du monde. Si les constructeurs prennent en compte les enjeux environnementaux actuels (cf l’intervention du vice-président d’Airbus) et cherchent des solutions techniques pour répondre à notre “goût du voyage”, on ne peut clairement pas envisager de retrouver les mêmes chiffres de voyageurs et ne pas ralentir la cadence. Voyager toujours plus et toujours plus loin n’a pas de sens, je crois. Il faudra passer par un changement de rapport au temps et à l’espace. Vous savez bien que sur ce blog, je promeus (et donc milite pour) le tourisme local et l’écotourisme. Le sociologue Rodolphe Christin a partagé des réflexions que je trouvais très justes sur notre rapport au voyage et sur cette autre sobriété que nous devons mettre en place dans nos déplacements. On peut parler de vols zéro carbone et de carburants durable, mais l’impact de nos déplacements subsistera si nous ne ralentissons pas la cadence et ne revoyons pas notre échelle de valeur (la valeur d’un voyage ne peut pas s’établir sur la distance que nous parcourons). 

 

Dans la table ronde dédiée au tourisme vertueux, il a clairement été remis en question la valeur que nous donnons au voyage. Le voyage provoque un bienfait, du bonheur, et influence nos vies. Des études montrent nous éprouvons plus de bonheur sur des expériences que nous vivons que sur nos biens matériels (j’ai en effet beaucoup de beaux souvenirs liés à mes escapades). Le voyage c’est la rencontre, c’est une philosophie, nous rappelle Charles Pépin, et bien souvent une rencontre avec soi. C’est une exploration sur soi, mentalement et physiquement, et aller à la rencontre de l’autre nous donne l’occasion de voir le monde autrement et de nous voir autrement. Et donc, faut-il réellement aller à l’autre bout du monde pour ça ? J’en doute. Il est donc temps de revoir l’état d’esprit de notre société sur le voyage, de changer notre rapport au temps et à l’espace. Les normes que nous nous imposons (“liste des lieux à voir une fois dans sa vie”) sont à oublier et il faut tenter de juste se laisser toucher par les choses, peu importe où nous allons. Le voyage démarre sur le pas de notre porte. 

 

Le changement doit donc intervenir, vous l’aurez bien compris. Durant ces deux jours de colloque à Nantes, les acteurs du tourisme nous ont montré qu’ils ont pris la mesure des choses et qu’ils considèrent aujourd’hui que chacun doit savoir ce qu’il veut pour un tourisme du futur plus responsable. Les destinations touristiques doivent réagir mais je pense que nous devons aussi y prendre part. Ce changement doit intervenir dans l’état d’esprit des voyageurs. repensons notre lien au voyage et comment modifier nos comportements individuellement. Personnellement la réflexion que je mène depuis quelques temps s’articule avec un mot très important : la sobriété. 

Je n’ai pas abordé dans ce bilan tous les sujets du colloque mais mis en synthèse les éléments qui ont sens pour moi. Retrouvez quelques liens et informations dans la page dédiée sur le site nantestourisme.fr (lien ici). Le Voyage à Nantes prépare en conclusion du colloque un manifeste qui devrait être diffusé début 2022. Je ne manquerai de le partager.

Et peu importe la distance et vos activités, faites de beaux voyages !

 

Tourisme du Futur Nantes

1 réflexion sur “Colloque Le Tourisme du Futur”

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